APP - Voeux Emmanuel Macron et Olivier Bost - 2020

Vœux d’Olivier Bost au président de la République

Le président de la République reçoit les vœux du président de l’association, Olivier Bost le 15 janvier au Palais de l’Elysée © Eliot Blondet Abaca

Monsieur le Président,

Nous sommes très heureux aujourd’hui de pouvoir vous présenter les vœux de l’association de la presse présidentielle pour cette année 2020.

L’année dernière, nous n’avions pas pu vous en faire part. Nous étions en pleine crise des gilets jaunes à ce moment-là. Cette année, nous sommes venus avec plaisir, et pour beaucoup… à pied.

Ce quinquennat n’est décidément pas de tout repos. Je ne sais pas, s’il faut aussi vous souhaiter une année paisible. Je ne suis pas sûr que cela corresponde à vos attentes.

Vous avez donc décidé de renouer avec cette cérémonie de vœux à la presse, et avec des contacts plus réguliers avec les journalistes.
Vous avez notamment accordé l’année dernière en fin d’été un long rendez-vous aux membres de l’association de la presse présidentielle. Les agenciers retrouveront la semaine prochaine la salle de presse réaménagée dans la cour de l’Elysée. Nous vous en remercions, sincèrement. Nous remercions aussi tout le service de presse qui nous accompagne et qui parfois, il faut bien le dire, nous subit.

Il y a eu aussi au mois d’avril votre conférence de presse au sortir du grand débat. Des moments appréciés et surtout très utiles pour prendre le temps. Le temps pour vous d’expliquer et puis nous, de chercher à comprendre votre action.

Et puisque le début de l’année est aussi l’occasion de se dire les choses. Ces moments ne sont toujours pas assez nombreux.
Les occasions de pouvoir vous poser une question restent trop rares. Cela nous contraint, souvent avec quelques acrobaties que vous connaissez bien, à profiter de votre expression à l’étranger pour vous interpeler.
Ce n’est satisfaisant, ni pour vous, ni pour nous.

Nous aimerions cette année encore avoir plus d’occasions de vous interroger. Parce qu’il faut bien le constater, et pas seulement pour les reporters de terrain, qu’il est parfois difficile, Monsieur le Président, de vous suivre.

En ce début d’année, nous préférons vous prendre au mot. Au 100ème anniversaire du quotidien régional La Montagne en octobre dernier, vous avez dit que « le travail des journalistes était à vos yeux indispensable, vital pour la démocratie ». Vous en êtes plus convaincu… avez-vous expliqué… qu’au début de votre mandat.
Ces mots n’ont échappé à personne. L’évolution de votre regard sur la presse a été relevée.
D’autant que nous avons tous en mémoire vos jugements très sévères sur notre travail.
Vous aviez théorisé une saine distance entre la profession et le monde politique, qui sous-entendait une connivence, une complicité, contraire à nos principes.
Dans la difficulté, vous avez eu des mots incompréhensibles comme ceux-ci  : « Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité ».

Nous ne sommes jamais irréprochables, c’est vrai. Vous pouvez critiquer notre travail, mais la profession n’a surtout pas besoin et en particulier dans cette période, d’être attaquée ou disqualifiée.

Nous espérons, sincèrement, que tout cela relève du passé, de vos débuts à l’Elysée, du fameux acte 1. Et c’est dans un climat constructif que nous abordons l’acte 2, et cette année 2020.

D’autant que les sujets de préoccupations restent nombreux pour nos médias et pour leurs rédactions.
Il y a toujours la loi sur le secret des affaires. Elle fait peser un risque juridique sur le travail d’investigation. Il y a eu aussi, en 2019, la convocation par la DGSI de journalistes qui avaient notamment révélés l’utilisation d’armes françaises au Yémen. Vous avez approuvé ces convocations.

Nous nous permettons ici de rappeler un principe fondamental : Chercher à identifier les sources des journalistes, que ce soit dans les entreprises, dans l’armée, dans l’administration ou même dans ce palais, c’est s’en prendre, directement, à la liberté de la presse. Sans source, il n’y a pas de journalisme.

Il faut ajouter à ces ingérences, les manifestations où il est devenu très difficile pour les journalistes de travailler. Le comportement de certaines forces de l’ordre nous interroge.

Pourquoi des journalistes professionnels, titulaires de la carte de presse, se retrouvent au commissariat ? ou privés de leur protection… ou privés de leur matériel de travail dans le suivi des manifestations ? Nous espérons que le rappel à l’éthique des forces de l’ordre fera cesser ces pratiques.

Nous sommes aussi septiques et toujours en désaccords avec la loi sur les « fake news ». Elle va donner à un juge le pouvoir de dire, dans l’urgence et sans contradiction, ce qui est vrai et ce qui est faux. Votre gouvernement ajoute trop d’exceptions à la loi de 1881, une loi solide et protectrice.

S’il est souhaitable de réguler l’expression, en particulier quand elle est anonyme, sur les réseaux sociaux, pourquoi y inclure les journalistes dont le travail est précisément de rechercher de la vérité ?
Les meilleurs moyens pour lutter contre les « fake news » sont l’éducation aux médias et à l’information, et des médias lus, écoutés, regardés : des médias puissants. Le journalisme, dans toutes ses composantes, reste la meilleure réponse aux « fake news ».

Que dire aussi du conseil de déontologie des médias ? Crée dans la foulée d’un rapport commandé par le gouvernement. Appelé de vos vœux, il s’installe ce mois-ci sans avoir réussi pour l’instant à emporter l’adhésion de la profession.
C’est à nos lecteurs de sanctionner notre travail, et tout le monde en conviendra, ils le font plutôt très bien. Dans un sens comme dans l’autre.

Nous n’avons pas besoin non plus de nouvelles régulations pour nos entreprises, au moment où elles doivent faire face à de nouveaux acteurs, eux sans contraintes.
Je pense à Google qui ne veut toujours pas payer de droits voisins pour utiliser nos contenus. Vous avez réagi à ce sujet et l’autorité de la concurrence se prononcera au printemps.
Je pense aussi à Facebook qui capte notre valeur et nos audiences sans vergogne. Des discussions sont en cours là aussi.
Et je pense à toutes ces entreprises qui n’ont pas aujourd’hui les mêmes contraintes de diffusion ou de production, comme Netflix ou Youtube.
Nos entreprises ne peuvent plus être régulées comme si les GAFA n’existaient pas.

L’esprit de la prochaine loi audiovisuelle va dans le bon sens. Mais cette loi peut encore largement gagner en simplicité en matière de diffusion et de production, pour nous donner les moyens de rivaliser avec ces acteurs mondiaux.
De la vitalité de nos médias dépend aussi, la vitalité de beaucoup de nos rédactions.

Vous l’aurez compris, Monsieur le Président, la presse a moins besoin de régulations, de gardes fous… que de liberté et de respect. Vous pouvez y contribuer.

Je vous renouvelle les vœux de l’association de la presse présidentielle. Je vous souhaite une excellente année 2020.

Et comme vous l’aviez aussi rappelé à Clermont-Ferrand, «  il faut des gens qui se déplacent, qui interviewent, qui vérifient les faits, il faut des journalistes  ».

Alors permettez-moi, Monsieur le Président, pour terminer, de revenir à la base de notre métier et de vous poser une question, une seule, d’actualité forcément, puisqu’il n’y a que ça qui nous intéresse  :
Vous avez exprimé hier le vœu d’une plus grande explication sur la réforme des retraites.

Quel part de ce travail ferez-vous ?

Quand et comment comptez-vous nous expliquer cette réforme ?

Par exemple en répondant à nos questions ?
Je vous remercie.

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L’Association de la presse présidentielle (APP) rassemble les journalistes chargés de suivre l’actualité de la Présidence de la République française.

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